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Sansal, Daoud, Boudjedra

 
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yacoub
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MessagePosté le: Mer 1 Juin - 14:37 (2016)    Sujet du message: Sansal, Daoud, Boudjedra Répondre en citant

Pour Boualem Sansal « l’Europe n’a plus d’avenir : l’Islam va faire éclater notre société »
Juin 01, 20161

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Boualem Sansal a très récemment donné une interview au quotidien allemand « Die Welt » dont je vous livre ici un extrait, traduit de l´allemand exclusivement pour Europe-Israël.
Boualem Sansal est un écrivain algérien. Il avait obtenu en 2012 le Prix du Roman Arabe, mais celui-ci lui a été retiré après son apparition au Festival des Ecrivains de Jérusalem. Dans son dernier roman « 2084 : La fin du Monde » (Grand Prix de l´Académie Française) parut en 2015, il décrit une dictature religieuse qui, sans être jamais nommé par l´auteur, est manifestement une fiction d´un Islam futur, un Islam universel.
Die Welt: Bien que votre livre ne soit pas ce qu´on pourrait appeler une lecture divertissante, il s´est déjà vendu à plus de 300.000 exemplaires, rien qu´en France. Comment expliquez-vous ce succès?
Sansal: Les gens se réveillent. Ils réalisent que l´islamisation n´est pas un phénomène local, mais concerne toute l´Europe. Nous avons tous peur – même si nous ne voulons pas tous l´admettre.
Die Welt: Quel type d´expérience cela a été pour vous d´écrire un livre aussi sombre?
Sansal: Cela n´a été ni pénible, ni exaltant. Je suis un scientifique et en ceci, j´observe le monde comme un éthologue. Une chose ou l´autre peut m´émouvoir, mais je me ressaisis. Il faut voir les choses en face, de manière rationnelle, sans se mentir à soi-même.
Die Welt: Comment un musulman lit il ce livre?
Sansal: Un musulman comme moi, qui n´est pas croyant mais qui a grandi dans un pays musulman, le lira sans doute comme vous et moi. Ils se trompent en Occident s´ils pensent que tous les musulmans sont islamistes. Ils ont davantage peur de l´Islamisme que les occidentaux.
Die Welt: Depuis les attentats de Paris et Bruxelles, l´Occident a peur aussi
Sansal: Bien sûr, et ce n´est que le début
Die Welt: Une sorte d´avertissement?
Sansal: Oui, après les attentats sur „Charlie Hebdo“, c´était différent. La plupart pouvaient montrer de la compréhension. Ils étaient coupables de blasphémie, quand même. Donc ils disaient : Ce n´est pas bien de tuer, mais regarde ce qu´ils ont fait…
Die Welt: Ils l´avaient cherché, comme la jeune fille en mini-jupe provoque son propre viol?
Sansal: Oui, et en raison de cette logique, les attentats de janvier n´avaient pas été perçus comme un avertissement. Le Bataclan, par contre, a été une attaque islamiste, car cette agression visait «l´autre» en raison de ce qu´il est, de sa culture, son style de vie. C´était un lieu pour les jeunes gens, tout comme les bars, le Stade; des lieux qui définissent l´Occident. Mais, ce processus de prise de conscience, c´est précisément ce que les islamistes veulent provoquer. Ils savent qu´ils ne peuvent pas vaincre l´Occident sur le plan militaire. Ils ne peuvent même pas vaincre les faibles états arabes. Donc, ils doivent amener l´Occident à se détruire soi-même. Ils veulent diviser la société car ils savent que s´ils y parviennent, celle-ci va s´écrouler.
Die Welt: Il y a en France, des intellectuels populistes qui soutiennent la théorie du «grand remplacement», c´est à dire le refoulement de la civilisation occidentale chrétienne et son remplacement par l´Islam.
Sansal: Je trouve l´expression mal choisie. Il ne s´agit pas de remplacer au sens propre les populations, mais plutôt d´une sorte de fusion: La France est en phase d´islamisation.
Die Welt: Au fond, vous êtes du même avis. Notre culture est-elle en train de disparaitre ?
Sansal: En tant que démocrate, oui, je vois notre civilisation disparaitre, et avec beaucoup de regrets car elle a fait avancer l´humanité, même si ses excès nous nuisent depuis un certain temps déjà.
………..
Die Welt: Nous avons recueilli un million de réfugiés, essentiellement des musulmans. Quel est votre pronostic pour l´Allemagne?
Sansal: L´Allemagne a été extrêmement naïve. Sur le long-terme, l´Allemagne est le pays qui est le plus menacé.
Die Welt: En quoi, naive?
Sansal: Parce que l´Allemagne s´est longtemps complu de ne pas être concernée par ces problèmes. L´Islam, c´était en France, au Royaume-Uni, mais pas chez nous ! Et puis, l´Allemagne est, en raison de son expérience des guerres, une société extrêmement tolérante. Il est facile d´en abuser. Lorsque les islamistes algériens ont été chassé d´Algérie, ils ont trouvé refuge en Allemagne, où on leur a accordé le statut de réfugié politique.
Die Welt: Sur quoi fondez-vous votre appréciation que cette guerre des cultures, ce phénomène d´islamisation, entre autres de l´Allemagne, est déjà en cours ?
Sansal: La preuve la plus significative est le „Bataclan“. Ils n´ont pas attaqué une caserne mais une salle de concert, car ils ne visent pas une prise de pouvoir classique, mais veulent mener une « guerre des cultures ». Ensuite, il suffit de jeter un regard sur le monde arabe, dans lequel cette bataille est menée partout et sans retenue. En ce qui concerne l´Allemagne, je ne suis pas trop sûr de ce qui s´y passe. L´Islam turque ne peut être comparé à l´Islam du Maghreb. Les turques qui sont arrivés dans les années 70 ont, dès leur arrivée, travaillé dans l´industrie. En France, les immigrés ont été livré à eux-mêmes. On a simplement mis les algériens, les togolais ensemble et souvent dans des conditions inhumaines.
Die Welt: En Turquie, on assiste en ce moment, avec Erdogan, à une islamisation de la société. Comment cela va-t´il évoluer selon vous?
Sansal: Le retour du Religieux, en particulier chez les jeunes, contamine toute la société et cela sera bientôt perceptible en Allemagne aussi.
Die Welt: Nous avons déja observé cette ingérence et, si l´on veut, contamination par le biais de l´affaire Böhmermann
Sansal: Erdogan se conduit comme un calife; les turques se comportent comme ses sujets. Il s´est déjà fait construire son Palace. L´Empire Ottoman a été sans le moindre doute le plus violent de tous les califats du monde islamique. Nous assistons en ce moment même au retour de cette violence. Erdogan veut rebâtir le Califat, mais il sait que les arabes ne l´accepteront jamais. Peut-être s´imagine t´il étendre son empire vers l´Europe. C´est pour cette raison que l´Allemagne est le pays le plus menacé.
Die Welt: Vous voulez dire, à cause des turques ou à cause des réfugiés ?
Sansal: Ni l´un, ni l´autre. Parce que tous les européens sont emplis de ressentiments à l´égard de l´Allemagne. L´Allemagne est riche, influente, exceptionnellement bien organisée. Les gens ne rêvent de rien d´autre que de la chute de l´Allemagne. Un cauchemar en complète un autre. Et les cauchemars d´Erdogan sont partagé par beaucoup d´Européens.
Die Welt: Si l´on poursuit cette pensée, cela signifie que nous vivrions en Allemagne sous le règne du califat d´Erdogan. Cela parait parfaitement absurde. L´Europe est-elle vraiment « fini » à ce point?
Sansal: Oui, elle n´a plus d´avenir.
Die Welt: Est-ce-que vous pouvez encore dire en Europe ce que vous pensez?
Sansal: Non, je ne peux plus. D´un côté, on m´invite encore, car on a le besoin d´entendre d´autres opinions qui ne sont pas « politiquement correctes ». En même temps, on a peur que j´amène des ennuis.
Die Welt: Qu´est-ce que vous n´avez pas le droit de dire ?
Sansal: Cela, personne ne vous le dit. C´est bien plus subtil. Mais tout ce qui revient à critiser l´Islam pose problème. C´est comme si on pouvait tout critiquer, même Dieu, mais pas l´Islam.
Die Welt: Monsieur Sansal, êtes-vous islamophobe?
Sansal: Pas dans le sens dans lequel ce mot est utilisé. Je n´aime pas l´Islam. Je n´y crois pas et réalise que l´Islam n´est pas seulement un risque, mais un énorme risque. Il va faire éclater notre société.
Die Welt: Votre collègue, Kamel Daoud, a suscité une polémique car il a décrit les jeunes musulmans qui au Nouvel An s´en sont pris aux femmes à Cologne comme étant sexuellement opprimés. Vous êtes de son avis?
Sansal: Daoud vit en Algérie et observe ce type de situation au quotidien. C´est une société de toutes les frustrations, pas seulement sexuelles. Un jeune musulman qui est soudainement confronté à une société libre, va faussement interpréter une femme qui montre son corps.
Die Welt: Le courage et la conviction nous manquent-ils pour défendre nos valeurs?
Sansal: Les Islamistes se battent courageusement pour ce à quoi ils croient; cela il faut leur laisser. En ce qui nous concerne, il me faut malheureusement constater qu´il n´y a rien qui nous stimule. Pour le mot Liberté, autrefois, nous étions prêts à aller au bout du monde. Aujourd´hui, le mot est creux.
Die Welt: Ce n´est pas vrai. Après les attentats de Charlie Hebdo, des millions de gens ont manifesté dans les rues pour la liberté d´expression.
Sansal: Ce n´était rien d´autre qu´une réaction émotionnelle spontanée. Cela n´avait d´autre intérêt que d´offrir une tribune aux Chefs d´Etat, en particulier, ce pauvre Hollande qui ne ferait pas de mal à une mouche. En Algérie, on a vu ce qui arrive lorsque les gens se laissent submerger par les émotions: Des pleurnicheries collectives insensées.
Die Welt: Devons-nous prendre le titre de votre livre au sens littéral : « La Fin du Monde » ? N´y a t´il donc plus d´espoir nulle part?
Sansal: Vous savez, parfois il suffit d´une petite chose, une idée, une phrase et les évènements suivent un autre cours. En Algérie, c´étaient les mots de l´écrivain Tahar Djaout, qui se sont répandu comme une trainée de poudre dans le pays. Les gens ont soudainement ouvert grands leurs yeux. Il avait raison. Ses mots ont donné du courage.
Die Welt: Qu´est-ce qu´il avait dit ?
Sansal: Au cours d´un interview, il a dit avec son sourire modeste: « Si tu parles, tu meurs. Si tu ne parles pas, tu meurs aussi. Alors parle et meurs ! ». La semaine suivante, ils l´avaient assassiné.
© Traduit de l’allemand par Christoph Wittmann pour Europe Israël News
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MessagePosté le: Mer 1 Juin - 14:37 (2016)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mer 22 Fév - 16:16 (2017)    Sujet du message: Sansal, Daoud, Boudjedra Répondre en citant

Entretien. Kamel Daoud : “Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante”

   

Le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud, le 14 avril 2016 à Paris. PHOTO / JOEL SAGET/ AFP.

Les islamistes, l’Occident ou le statut de la femme – les points de vue du journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud déchaînent les passions et suscitent des réactions tranchées. À l’occasion de la sortie de son livre Mes indépendances, le quotidien algérien El-Watan l’a interviewé.
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Une année après la polémique née de la chronique sur “Cologne, lieu de fantasmes”, [Le Monde du 31 janvier 2016] vous signez un recueil de vos chroniques chez Barzakh sous le titre Mes indépendances. De quelles indépendances parlez-vous ?

Le titre est né d’une suggestion de mes éditeurs, extrait de la dernière phrase de la dernière chronique au Quotidien d’Oran, où j’avais écrit : “Il m’arrive à moi aussi de mener aussi mes guerres de libération et de fêter de temps à autre mes indépendances.” J’ai exprimé le souci d’être libre des pressions, des sollicitations. Le mot indépendance chez nous a toujours incarné un sens collectif et collectiviste. J’ai voulu restituer à ce mot sa charge individuelle.

Il ne s’agit plus de la libération d’un pays, mais de libertés individuelles. Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante en Algérie d’abord, qui consiste à penser de la même façon, avoir les mêmes croyances, un anonymat collectiviste, un seul héros, le peuple, une culture qui nie le héros individuel. J’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des croyances collectivistes qui anonymisent et qui, au final, déresponsabilisent.

Mais pas uniquement au niveau local, j’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des sollicitations et des castings qu’on veut imposer à l’intellectuel du Sud, que l’on veut confiner dans la case dissident, militant en colère contre les siens, et qu’il soit impliqué dans le jeu et les clashs qui agitent l’Occident. Je n’ai pas à arbitrer, à m’immiscer ou être un intellectuel de soutien ou d’appoint dans ces clashs idéologiques, d’ailleurs, tout comme pour les anonymismes d’ici.

Meursault contre-enquête a eu un succès mondial ; vous attendiez-vous à un tel retentissement ?

C’est une surprise totale pour moi. Je n’ai jamais imaginé, envisagé ou anticipé que le roman allait dépasser les deux mille exemplaires. C’était totalement inattendu. Pour moi, c’était une variation sur l’échelle internationale. Une reprise de parole à partir du point de vue d’une victime, mais aussi un prétexte pour parler du présent algérien.

Une œuvre n’atteint pas une telle audience parce qu’elle parle d’une nation, mais quand elle parle de l’universel où le local n’est qu’un prétexte ; Haroun est un Algérien, mais ses amertumes sont universelles. Nous avons le droit d’être le centre du monde, d’écrire à partir et au nom de l’universel, réclamer notre humanité et non pas à partir du décolonisé ou du proscrit, de l’écrasé ou de la victime.

On peut être l’humanité et prendre la parole. Il y a des moments d’universalisme qui traversent les périphéries. L’Europe de l’Est, la Russie, l’Amérique latine, qui a connu son heure de gloire littéraire et intellectuelle. L’universalisme est partout et non pas là où on lui tourne le dos. Meursault… est une très belle expérience pour moi, qui a démontré que l’on peut écrire en Algérie, avoir du succès en France, mais surtout qui m’a fait découvrir que le reste du monde existe en dehors de l’Algérie et de la France.

Il y a eu ce succès phénoménal qui vous a propulsé au-devant de la scène littéraire internationale, mais vite suivi d’une violente polémique ; comment avez-vous vécu cela ?

Etre sous les feux des projecteurs et la surmédiatisation devait avoir une facture, elle provoque des passions positives et négatives. Des gens qui vous soutiennent, d’autres qui vous rejettent, ce qui est normal. Si vous vous intéressez au monde avec passion, le monde s’intéressera à vous avec la même passion.

Nous retenons seulement la polémique, surtout en Algérie, mais en réalité le reste du monde a lu Meursault… comme il a lu Camus à l’époque, sans considérer que l’Étranger est un roman pied-noir, mais de la condition humaine. Il y a eu des moments intenses de découvertes, de rencontres. Le lien avec mes lecteurs est passionnant et se renouvelle. Ce n’est pas parce que certains parlent à voix haute qu’ils sont plus nombreux que les autres. Il y a eu des moments heureux, des moments malheureux, des malentendus qui durent encore. La polémique fait partie du revers de la médaille. Mais, j’ai envie de dire “arrêtons d’être des commissaires politiques ambulants”.

Votre roman et tous les débats et polémiques qui l’ont accompagné reposent de manière violente le rapport entre le Nord et le Sud, notamment entre la France et l’Algérie…

Il s’agit de l’histoire, de notre incapacité à sortir du passé et à parler du présent. C’est le grand malentendu, d’autres veulent parler inlassablement du passé, et moi je veux parler du présent. Je suis l’enfant des indépendances. Je parle de liberté et j’ai le droit de vivre sans porter sur mon dos l’histoire coloniale et celle de la guerre de libération. On me reproche mon attitude vis-à-vis du culte de l’histoire. Je n’ai pas ce culte, je ne suis pas né dans cette guerre, je suis porteur de vie, je suis un enfant de l’indépendance.

Cela conditionne une lecture pathologique ici et en France. On n’arrive pas à sortir du soupçon. En règle générale, l’Histoire ne tolère pas l’imaginaire. Lorsqu’on écrit une fiction dans des mondes dominés par des totalitarismes de l’Histoire, on vous soupçonne d’avoir écrit un essai détourné. Il faut lire les romans pour ce qu’ils sont, pas des manifestes ou proclamations d’allégeance. Ce ne sont pas des livres codés, des complots écrits. Je ne suis pas dans la littérature de la guerre, mais de l’imaginaire, de l’art et de la création et du fantasme. Nous sommes effectivement marqués par cette histoire en Algérie et en France, et ça nous marque violemment. C’était le procès fait à Albert Camus.

Qu’est-ce qu’il voulait dire, que représente un tel personnage ? Lisons ses romans comme des romans et ses essais comme des essais. J’ai un énorme respect pour les martyrs, pour nos aînés, qui se sont battus pour que je sois libre, libre de dire, mais il nous faut sortir de l’Histoire pour assumer notre présent. Pour les honorer, nous devons exercer nos libertés. L’attitude victimaire généralisée qui prévaut chez nous, autant par mode chez les intellectuels dits de gauche, comme chez le régime politique, est une attitude de confort. C’est trop facile.

Dans sa préface, Sid Ahmed Semiane [jounaliste, écrivain, cinéaste et photographe connu en Algérie sous le sigle SAS] écrit que le succès quand il vient d’ailleurs est suspect…

De toute manière, tout ce qui nous vient d’ailleurs est suspect, parce que depuis toujours ce qui est venu d’ailleurs c’est le colonisateur, des occupants et des envahisseurs. Nous sommes xénophobes vis-à-vis des autres et de nous-mêmes. Nous sommes à la fois face à un Occident qui nous fascine, qui nous rejette, que nous rejetons. Tout ce qui est lié à cet Occident est frappé de soupçon. Mais nous devons admettre que l’Occident représente la civilisation. Elle n’est pas dans le désert de l’Afghanistan. Elle est à Paris, Londres, New York et Tokyo. Cet Occident nous a agressés, nous a colonisés, volés, dominés. Il est donc normal de voir en lui un suspect.

Mais, aujourd’hui, il est le dépositaire des valeurs. Les gens, quand ils ont peur ou se sentent menacés, persécutés, ne vont pas dans le désert d’Afghanistan, mais vers le Nord, parce qu’on y retrouve la sécurité, la liberté, le confort, le luxe, la valeur. Il ne faut cependant pas voir cet Occident seulement sous son aspect négatif. Il nous faut sortir de cette logique et arrêter de mettre tout sur le dos du colonisateur. C’est un piège qui nous enferme et qui nous empêche de réussir. On passe nos vacances chez eux, on publie chez eux, quand on est en disgrâce politique, on va chez eux. On se bat pour être ambassadeur chez eux, pour envoyer nos enfants chez eux, nous installer chez eux. Pourquoi ? Ils ont réussi quelque chose. Il faut reconnaître cela chez eux pour pouvoir le réussir chez nous.

Si on ne le fait pas et que nous continuons à dire que l’Occident c’est le mal et à lui courir derrière, on va à l’insulte collectivement et on le sollicite pour s’y soumettre individuellement. Je ne veux pas avoir un rapport malsain à l’Occident. Il n’est ni juste ni injuste, il est ce qu’il est, il n’est ni mon père ni ma mère. Je ne veux pas attendre de lui ni caresse ni héritage, je dois le regarder et voir en lui ce qui me dépasse pour pouvoir le dépasser. C’est un monstre splendide qu’il faut regarder dans les yeux pour pouvoir le dépasser.

Vous êtes célébré en Europe, à Paris… ; en Algérie, il y a eu plus de rejet, du moins chez les élites. Nul n’est prophète en son pays s’applique-t-il bien à votre cas ?

Il nous faut guérir de l’idée de la réussite et du succès. Vous imaginez que l’on vous reproche de courir derrière le succès. Nous en sommes là ! Une grave pathologie. Nous voyons le succès comme quelque chose de répréhensible. Le succès, c’est l’objectif du monde. Je ne comprends pas cette criminalisation du succès. Il faut restaurer chez nous l’idée du succès et de la réussite, que l’on soit fier de nos enfants. C’est légitime, c’est une plus-value pour le pays, l’expression de notre valeur et notre participation à l’humanité. Un modèle à offrir à nos enfants.

C’est comme le coureur d’Athènes qui court et parle en disant : “Tous les peuples applaudissent leurs coureurs et je suis le seul à courir pour encourager les miens pour qu’ils n’espèrent pas encore plus”. C’est une image frappante qui résume ce que nous sommes.

Le discours d’une certaine partie de nos élites participe à la fois du confort, de la frustration et de l’incapacité à sortir du victimaire, au refus de la liberté et de la singularité individuelle. Défendre l’individu dans un pays qui est né d’une guerre de libération collective, c’est trahir. La liberté individuelle est une valeur à restaurer, elle n’est pas une trahison.

Nous ne sommes pas le seul pays à avoir été colonisé. J’ai été au Vietnam et j’ai été frappé par cette distance qu’ils ont avec l’Histoire. Oui, nous avons été colonisés, massacrés, nous avons mené des guerres et nous les avons gagnées, mais quand ont leur demande si vous avez un ministère des Anciens combattants, ils vous disent non. Ils ne sont pourtant pas dans le déni. Nous avons un culte à corriger chez nous. Les racines ne se mangent pas, ça vous soutient contre les vents, mais il nous faut des récoltes.

Parlons des racines justement ; vous refusez qu’on vous enferme dans un monde dit arabe en vous définissant comme algérien. Qu’est-ce qu’être algérien ?

Etre ce que je suis, avec ma carte d’identité nationale algérienne, vivre ici ou ailleurs en emportant mon imaginaire, avoir des racines algériennes, une histoire algérienne et peut-être un malaise algérien et le mal d’être algérien. J’ai été saturé par cette idée que nous avons un malaise identitaire, je sais ce que je suis. L’arabité m’appartient, mais je ne lui appartiens pas. Nous sommes un pays qui n’a pas besoin d’être dans l’unanimisme, nous avons nos régions, nos langues, nos histoires, nos ancêtres.

Nos différences sont la source de nos enrichissements. Dire le Monde arabe me gêne, c’est une sous-catégorie de la vision orientaliste. Pourquoi le Français est français, l’Allemand est allemand et l’Algérien est arabe ? Cela me dérange. L’arabité est un beau patrimoine, mais je n’ai jamais vu de passeport arabe. J’ai vu des passeports différents, des Histoires différentes, des langues différentes, des combats différents…

Il y a des points communs autant qu’il y en a entre les Latins. Je ne veux pas et je ne peux pas accepter que l’arabité me soit imposée, ni comme nationalité ni comme matrimoine exclusif. L’arabité est un fabuleux héritage, j’y vais pour prendre ce qui enrichit mon présent, mais ce n’est ni ma nationalité, ni ma mère, ni mon père, ni ma terre. Je veux qu’on me reconnaisse comme algérien. Je ne suis pas dans le chauvinisme, je veux juste qu’on respecte ce que je suis.

Dans vos écrits, la question de la religion est très présente et vous l’abordez sans prendre de gants. Comment est vécue cette religion ?

Vous dites que je traite le fait religieux sans prendre de gants ! Si quelqu’un utilise la religion pour tuer sans prendre de gants, alors moi quand je traite de la religion je dois prendre des gants ? Pourquoi un prêcheur, niveau ‘bac -20’, a-t-il le droit d’accaparer le discours religieux et moi non ? Parce que je n’ai pas de barbe, que je ne m’habille pas comme lui et que Dieu lui appartient et pas à moi. J’ai le droit en tant qu’intellectuel algérien de réfléchir au fait religieux. Il n’appartient ni aux imams, ni aux clergés, ni aux confréries. Il m’appartient aussi. Les élites de chez nous doivent se le réapproprier, démonopoliser la réflexion sur le religieux. Qu’on ne le laisse pas aux islamistes, et surtout qu’on le dépolitise.

Pourquoi c’est à moi de me justifier alors que je n’ai tué personne ? Mais en même temps, c’est la grande question qui interpelle notre époque. Chaque époque a son monstre totalitaire, et l’islamisme est le monstre de notre époque qui veut dominer le monde. Il faut rappeler que l’islamiste n’est pas le musulman, il ne cherche pas à rencontrer Dieu, mais veut prendre le pouvoir. Il n’a pas le droit de m’interdire de réfléchir sur son arnaque fondamentale.

Nous devons nous réapproprier le débat sur le religieux et la laïcité. Ce que me reprochent certains qui prétendent se réclamer de la religion, c’est qu’ils ont quand même réussi une mainmise monopolisante sur les grandes questions de notre société. Tu peux parler de la poésie, de la littérature, de la métaphore, mais la nudité, le corps, le sexe et la mort ce sont les religieux qui en ont le monopole. Non, je récuse cela. J’ai le droit absolu de discuter de toutes ces questions et en dehors des catégories islamistes. Ils n’ont pas le monopole.

La métaphysique n’est pas la propriété de papa, elle appartient à tout le monde. Je ne m’attaque pas à la religion, je suis fasciné par la théologie depuis toujours, mais j’estime que la vie m’a été donnée, je suis en mesure de poser des questions à Dieu tout seul, je n’ai besoin ni de courtier, ni d’intermédiaire, ni de sous-traitant religieux. Dieu n’a signé de procuration à personne pour parler en son nom. Le Coran, l’islam, ma chair ne leur appartiennent pas. Et moi je n’ai tué personne.

Evoquons justement la question de la mort. Sommes-nous en train de vivre la mort au lieu de la vie ?

La mort doit être comprise comme un sujet romanesque, un espace pour restaurer la vie et non pas comme une question funeste. C’est quelque chose qui éclaire la vie et le présent. On observe que dans notre vie, on discute, on organise, on réfléchit la mort, pas la vie. Il y a une hâte, c’est troublant. Il faut considérer la mort dans le sens où elle éclaire la vie.

Une vie remplie de violence…

L’histoire est violente. Nous l’avons subie pendant la colonisation, mais elle ne doit pas servir d’excuse victimaire pour la perpétuer ce que nous avons fait jusque-là. Nous avons subi une violence coloniale, nous l’avons rééditée sur nos propres chairs durant la décennie quatre-vingt-dix. Et cela risque de se reproduire tant que nous n’aurons pas compris ce que nous sommes, de considérer que nous existons en tant que pays. Le but était d’avoir un pays libre, ce que nous avons fait. Et après ? Nous devons nous offrir un destin.

Vous critiquez le régime politique avec vigueur parce qu’il n’a pas offert ce destin…

Le régime politique n’est qu’un aspect de nous-mêmes. Je n’aime pas cet aspect d’être le contestataire à sens unique. Le régime, c’est nous, il n’est pas assis sur le vide, mais sur une chaise, la chaise, c’est nous. Tout expliquer par la faute du régime nous a servi à expliquer tout et à nous absoudre de nos propres responsabilités. Le régime existe, moi aussi. Nous sommes responsables de notre sort, et si nous ne l’acceptons pas, nous ne pourrons rien. Nous nous comportons avec le régime comme s’il était venu par la mer. Non. Je critique le régime parce qu’il est un aspect de la déception et de notre échec, mais tout n’est pas la faute du régime. Si tout était la faute du régime, le régime est de notre faute.

Vous abandonnez le journalisme pour sauter le pas vers la littérature ?

Non. Je ne change pas de musique, mais d’instrument. La littérature permet de parler de soi-même. La littérature est le témoin de son époque, c’est un exercice de voyeurisme universel qui permet de partager l’intimité universelle. Le personnage de Dostoievski n’est pas russe, il est humain, qu’on lit dans son village en Algérie avec plaisir, comme si nous étions à l’intérieur de ce personnage. C’est l’intimité universelle qui est partagée par la littérature. J’aime réfléchir le monde comme un miroir et comme un esprit. C’est exercer son droit à l’universalité et le conquérir.

C’est un témoignage incompressible de notre humanité. Quand tout va mal, quand vous êtes dans un goulag, vous avez un bout de papier et un crayon, vous faites de la littérature. Quand vous êtes à l’angle mort de votre humanité, vous produisez de la littérature. C’est produire du sens là où le sens est rendu impossible.

En vous présentant comme un intellectuel du Sud dissident qui combat l’islamisme, le monde éditorial et médiatique occidental ne cherche-t-il pas à vous enfermer dans un rôle ?

Ce n’est pas une tentative, c’est une entreprise permanente, et c’est dans l’ordre naturel des choses. Ils sont dans des combats idéologiques internes où chaque partie a besoin d’un témoin à charge ou à décharge pour valider telle ou telle thèse. On ne peut pas dépasser cette situation en l’analysant avec rancune, comme si c’était un complot. Non. C’est une mécanique qu’il faut démanteler en continuant à écrire, à soutenir ses propres propositions, à corriger les visions et à résister au casting que l’on propose à l’intellectuel du Sud en règle générale. C’est-à-dire un témoin à charge ou à décharge, un intellectuel de soutien ou d’appoint, un chaman qui doit lire l’avenir et d’être exotique. Il y a un rôle international pour l’intellectuel, c’était l’URSS, les dictatures en Amérique latine et maintenant c’est notre cas.

Nous sommes à la périphérie de l’Empire et on nous convoque pour répondre à certaines questions. Pour nous, s’agit-il d’accepter ce jeu, de le rejeter ou d’essayer de démanteler cette mécanique pour la dépasser et en faire le bénéfice de sa propre stratégie ? Oui, on appelle Kamel Daoud pour parler de l’islamisme, je dis non. Je refuse énormément de plateaux et d’interviews parce que je ne suis pas un intellectuel de soutien là-bas, ni celui de victimaire ici. Je ne suis pas un intellectuel de service fantasmé chez moi ni un intellectuel organique venu du Sud pour servir des combats idéologiques de l’Occident.

Je sais que je fais face à une mécanique immense qui me dépasse, mais je reste lucide. L’essentiel est de ne pas dénoncer ce processus, mais comment le dépasser. Il y a des récupérations, des enjeux politiques et des tentatives de vous impliquer dans des débats idéologiques fondamentaux en Occident. J’en suis conscient, je résiste et je travaille toujours à déconstruire cette mécanique ou à en faire une machine à mon bénéfice. Depuis que j’ai quitté mon village, je fonctionne avec l’adversité qui m’est essentielle. La force adverse est mon moteur.

Mais je dois tout de même souligner une chose importante : pourquoi on dit de Kamel Daoud et d’autres écrivains algériens qu’ils risquent d’être soumis à des tentatives de récupération idéologiques occidentales, mais jamais de l’islamiste qui se fait recycler en Arabie Saoudite, formé, formaté et renvoyé dans son pays pour exploser, semer le chaos ! Je ne comprends pas ! Il y a des manœuvres en Occident, mais pas de manœuvres idéologiques dans la vaste planète de l’islamisme ! Donc, la main étrangère est uniquement européenne, mais quand on va se former en Arabie Saoudite et qu’on revient en Algérie créer le désordre et les divisons, ce n’est pas une main étrangère, c’est quoi  alors ? C’est une poignée de main ?!

La topographie prend une place importante dans vos écrits, surtout la mer. Que signifie-t-elle pour vous ?

La Méditerranée est un espace de division, le mur qui nous sépare de l’autre, c’est l’infranchissable. J’aime bien cette expression de “la seule métaphysique que je peux toucher de la main”, pour reprendre l’expression de Romain Gary. C’est aussi une épreuve, une vision religieuse fanatique du monde. La mer vous impose la nudité, le retour au corps, retrouver votre chair, être face à vous-mêmes. C’est le lieu d’où vient l’autre, le monstre qui nous a colonisés. C’est un lieu de basculement aussi.

Il y a aussi la femme ; sa place dans la société vous indigne-t-elle ?

Profondément. Elle m’indigne, me révolte et me culpabilise. Parce que durant une bonne partie de ma vie, j’ai été un homme algérien au sens machiste qui pense qu’il est normal que sa sœur lui serve à manger et que sa mère fasse la vaisselle. J’ai perpétué cet ordre-là pendant longtemps. Je m’en veux, ça me culpabilise.

Votre village Massera est important pour vous, c’est votre enfance…

J’y vais chaque semaine quasiment, ce sont les miens, c’est pour eux que j’écris. C’est fondamental pour moi. C’est ma mesure. Je garde un lien naturel avec les habitants, on ne me parle jamais de mon succès qu’on célèbre avec discrétion. On parle des choses simples de la vie. Ils ont une pudeur extraordinaire, ils en sont fiers mais sans trop parler de succès. Cela m’aide à garder les pieds sur terre. Enfant, j’ai rêvé d’être cosmonaute, puis raconter des histoires. J’avais une enfance heureuse, petit-fils d’un bûcheron. Nous étions très pauvres, mais nous ne le savions pas, c’était l’ordre des choses dans le village. Nous n’avions pas de télé à la maison. Avoir une fois par semaine un verre de limonade servi dans un verre de thé c’était énorme.

Et votre rapport à la ville d’Oran ?

C’est là où je vais, où j’ai mes amis. Oran est une ville ambivalente où j’ai longtemps été sans domicile fixe. C’est une ville où à partir de 17h les gens rentraient chez eux. Les portes se fermaient, les rideaux étaient baissés, j’étais seul dans la rue à tourner ; moi je n’avais pas où dormir. C’est une ville mur. Mais j’ai fini par trouver une fissure, à m’installer, à trouver un lit, un toit, une maison. C’est une ville qui a du charme, ouverte sur la mer, décontractée. Elle n’est pas obsédée par ses racines.

 … Et Paris ?

C’est la perpétuelle destination. Le Paris littéraire d’Henry Miller, d’Hemingway. C’est la capitale du monde.

Comment avez-vous vécu les années de terrorisme ?

Comme tout le monde, dans le choc, l’incompréhension, dans le déni, l’acceptation et la soumission, le silence et la complicité. Et nous n’en sommes pas encore sortis. On ne peut pas sortir d’un cycle sans lui donner du verbe, de la voix et l’assumer. Le raconter pour s’en défaire. On l’a tu. Nous sommes tous complices d’un grand silence et on va le payer un jour. Un mal qui n’est pas dit et assumé, on va sans doute le revivre. C’est Nietzsche qui a dit : “Le secret du père, le fils le révèle”.

Des minorités religieuses sont persécutées en Algérie. Le pays est-il aussi étroit pour ne pas admettre une pluralité ?

La grande maladie de l’Algérie, c’est l’unanimisme. Un parti unique, le Dieu unique, la pensée unique. Cela va tuer la nation. Il faut revenir à nos différences qui sont notre richesse, il faut les cultiver. La nature nous a donné sept couleurs et nous on veut en garder une seule, la couleur noire. L’Algérie est vaste et plurielle. Elle est musulmane, chrétienne et juive et plus que ça. Nous sommes une République, notre histoire est riche.

Dans une de ses tribunes, le grand poète syrien Adonis dit de belles choses sur vous…

Je pense que c’est le papier le plus pertinent écrit sur moi parce qu’il touche du doigt cette impossibilité de la naissance du “je” dans nos sociétés. Il dit une phrase magnifique : “On vient au monde comme des pères”, où nous sommes en permanence dans la position conservatrice, immobile et statique. On revendique la paternité avant même la filiation. Son texte est court mais d’une pertinence incroyable.

Comme lui, vous êtes un peu un éternel incompris…

Il y a des malentendus, une hiérarchie d’incompréhension en raison de l’absence de la circulation des idées dans nos pays, peu d’espaces de débats, peu de librairies. On parle plus d’un match de foot que d’un livre. Mais ce qui est regrettable, c’est la mauvaise foi. Des gens qui ont bien saisi ce que je veux dire, mais qui ne veulent pas le comprendre ni le transmettre et qui déforment vos propos. Je sens souvent cette incompréhension.

J’ai comme l’impression qu’il y a un confort à vous donner un rôle, et cela vous dispense de penser. On décrète Kamel Daoud anti-musulman et on aura tout reglé. Je ne suis pas un intellectuel au service de l’Occident et je ne veux pas être un intellectuel de soumission chez moi. Je ne veux pas être soumis au diktat des idées dominantes. L’incompréhension vient du fait que moi je parle du présent, d’autres me parlent du passé. Je parle du train en marche et ils me parlent d’une gare fixe.

Nous sommes vivants et pas morts, l’histoire ne s’arrête pas. Le monde bouge autour de nous et nous, en Algérie, nous avons le culte de l’immobilité. Nos pensées, nos élites, le régime politique veulent de l’immobilité. Nous avons un problème avec la dynamique de la vie. Cessons de faire du présent une pierre tombale.
Propos recueillis par Hacen Ouali
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Biographie

Né en 1970 à Mostaganem, en Algérie, Kamel Daoud a été journaliste pendant quinze ans au Quotidien d’Oran tout en collaborant à divers médias en ligne dont le site Algérie-Focus. En 2014, il est victime d’une fatwa lancée le 16 décembre par l’imam intégriste Hamadache et appelant à son meurtre. En 2016, blessé par les accusations d’islamophobie, le chroniqueur annonçait, le 22 février, son retrait du journalisme mais continue à tenir des chroniques dans le magazine français Le Point avec lequel il a un engagement contractuel. Kamel Daoud écrivain d’expression française, a obtenu le Goncourt du premier roman en 2015 pour son ouvrage Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014). Ce livre a été traduit dans une trentaine de langues. En février 2017, il publie Mes indépendances, Chroniques 2010-2016 (Actes Sud et coédition algérienne Barzakh), une sélection de 182 textes choisis parmi les quelques deux mille chroniques qu’il a rédigées pendant cette période. 
Source
El WatanAlger
http://www.elwatan.com/

“La Patrie”, titre francophone, fondé en 1990 par des journalistes venant d’El-Moudjahid, quotidien officiel du régime, est rapidement devenue un journal de référence. Son directeur, Omar Belhouchet, est une figure de la presse [...] Lire la suite
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MessagePosté le: Lun 3 Avr - 14:13 (2017)    Sujet du message: Sansal, Daoud, Boudjedra Répondre en citant

Adonis et sa bombe féministe contre l'islam

Par Vincent Jaury

Nous avons beaucoup hésité avant de mettre Adonis en couverture. Il sort deux livres, passionnants l'un et l'autre, un de poésie, Le Livre III (al-Kitâb), l'autre politique, Violence et islam. Transfuge est un des rares magazines à suivre de près la littérature arabe. Au cours des dernières années, nous avons interviewé le poète palestinien Mahmoud Darwich (dont nous reparlerons d'ailleurs le mois prochain), fait notre couverture sur le grand romancier égyptien Gamal Ghitany, défendu longuement Alaa al-Aswany, donné la parole il y a quelques mois à l'éditeur de la collection Sindbad d'Actes Sud, Farouk Mardam-Bey, afin qu'il nous révèle les différentes tendances de la littérature arabe contemporaine. Et en 2009, nous rencontrions une première fois Adonis à Paris où il habite depuis 1985, pour son ouvrage Le Regard d'Orphée, livres d'entretiens où il revenait sur sa biographie. Pas le genre ici à stigmatiser l'islam dès que possible, nous l'avons prouvé au cours des ans. Il n'en demeure pas moins que lorsque celui qui est considéré comme le plus grand poète arabe vivant (il est celui qui à travers la revue Shi'r introduisit le poème en prose contre la métrique arabe classique), celui qui depuis des années est inscrit sur la liste du prix Nobel de littérature, dégaine un livre de colère contre l'islam, on ne le passe pas sous silence. Rien dont on ne puisse parler dans ces colonnes. Surtout quand Adonis, contrairement à un Houellebecq, s'attaque à l'islam du point de vue du féminisme et de la laïcité, et non sur l'idée du grand remplacement. Au-delà de la rivalité qui court dans les médias entre bien-pensants et réactionnaires, le poète chiite syrolibanais Adonis analyse, scrute, décortique avec une grande connaissance le Coran et le monde arabe d'aujourd'hui, à l'aide de la psychanalyste Houria Abdelouahed, brillante bourdieusienne et bataillienne. Le constat est pour lui, pour eux, sans appel et il fait froid dans le dos : la violence est intrinsèque à l'islam, et prend sa source dans le Coran : « C'est un texte extrêmement violent. J'ai compté quatre-vingts versets sur la Géhenne (l'enfer). [...] Le kufr (mécréance) et ses dérivés figurent dans cinq cent dix-huit versets, le supplice et ses dérivés font l'objet de plus de trois cent soixante-dix versets. Sur trois mille versets, cinq cent dix-huit portent sur le châtiment. » Il donne un exemple de verset consacré aux mécréants : « Nous jetterons bientôt dans le Feu [...] ceux qui ne croient pas à nos Signes. Chaque fois que leur peau sera consumée, nous leur en donnerons une autre afin qu'ils goûtent le châtiment. » Adonis donne d'autres exemples, très nombreux, sur le rapport de l'islam aux femmes. Là encore, le Coran est intraitable. Un verset parmi tant d'autres : « Si elles montrent une indocilité, reléguez-les dans des chambres à part, et battez-les. » Vous allez me dire oui, mais c'est le texte, mais qu'en est-il des sociétés arabes d'aujourd'hui ? Là encore, le constat est affligeant. Ces sociétés religieuses n'auraient pas évolué depuis le début de l'islam. Houria Abdelouahed se rend compte que les mots misogynie, machisme ou sexisme n'existent pas en arabe. De quoi faire plaisir à Zemmour. Pour Adonis, « la mentalité de l'homme musulman et arabe demeure profondément religieuse. Sa structure mentale et psychique est religieuse. Elle est empreinte de domination, de pouvoir et d'emprise. La femme se trouve dans cet engrenage sans véritable issue. » Pour ce défenseur du Femen, ce poète qui écrit que l'univers est féminité, la honte absolue de l'islam est la manière dont cette religion, encore aujourd'hui, peut-être encore plus aujourd'hui, traite les femmes, qui ne sont, comme le dit la phrase que nous avons choisie sur notre couv, « qu'un sexe ».

Une seule solution selon Adonis pour sortir de ce dangereux islam : séparer l'État de la religion. Créer non plus des musulmans, mais des citoyens. « Tant que la religion va de pair avec le pouvoir », écrit-il, tant que la religion musulmane est institutionnalisée, c'est-à-dire dans la sphère publique, aucun progrès ne sera possible. Et dans aucun pays arabe cette séparation n'existe. Premières victimes ? On l'aura compris, les femmes. Le scandale pour Adonis est avant tout cet « assassinat » symbolique ou réel des femmes dans l'islam. Daech, à ce titre, est pour l'auteur non une rupture, mais bien une continuité, certes monstrueuse, de ce qui existe dans le Coran. Il y a cependant deux raisons d'espérer : la violence extrême de Daech pourrait mettre fin à des siècles de règne islamique. Il pourrait y avoir une prise de conscience des Arabes de la dangerosité de l'interprétation littérale du Coran et des conséquences monstrueuses qu'elle peut engendrer. La deuxième raison est liée à la première : selon Adonis toujours, la nouvelle génération arabe est laïque. Elle aimerait entrer dans la modernité et y entrerait si les dictatures dans lesquelles elle vit ne l'en empêchaient.

Pour finir, Adonis se définit comme un cosmopolite. Écoutez-le : « Je suis comme un arbre dont les racines auraient poussé de tous les côtés et dont les branches se déploieraient sur toutes les portes, dans toutes les directions, y compris vers l'Europe. [...] Mon engagement est civilisationnel. Il est fondé sur un métissage humain et culturel. » Sa poésie se nourrit de mythologie grecque, arabe, de poètes français. Il est le contraire des réactionnaires à la Finkielkraut obsédés par le repli identitaire, et de l'islam tel qu'il le définit dans cet ouvrage-bombe
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:20 (2017)    Sujet du message: Sansal, Daoud, Boudjedra

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